FORUM DU 18 SEPTEMBRE 2009 L'IMPACT DE LA CRISE SUR LES ÉCONOMIES A CROISSANCE RAPIDE
La logique de la démarche Jean-Paul LEMAIRE ESCP Europe, Atlas
L‟ouvrage Les paradoxes de la globalisation des marchés1, rédigé à la veille de la crise mondiale, s‟intéresse à diverses manifestations de l‟ouverture internationale. Ces manifestations, postérieures pour l‟essentiel au moment symbolique de la chute du mur de Berlin, étaient en germes depuis la Seconde Guerre mondiale. Elles caractérisent aujourd‟hui une ouverture accrue qui se traduit par une confrontation plus intense d‟acteurs plus nombreux qui opéraient, autrefois, dans des espaces plus cloisonnés : Etats, institutions publiques et parapubliques (nationales et supranationales), grandes et petites entreprises, organisations non gouvernementales... Longtemps développé à l‟initiative des pays industrialisés, tenants principaux de l‟économie libérale et insérés depuis longtemps dans les flux d‟échanges et d‟investissements, le processus d‟ouverture a vu, au cours des 15 à 20 dernières années, la part des grandes économies à croissance rapide (ECR) progresser de manière significative. Parmi elles, les BRIC2 (Brésil, Russie, Inde et Chine) représentent désormais, à eux seuls, une proportion appréciable de la production et de la consommation mondiale3. Leur croissance, même si elle est parfois instable, s‟est envolée pour atteindre des niveaux record4. Cette situation laisse entrevoir, à l‟horizon de 2050 –et très probablement avant- un profond bouleversement de la hiérarchie des puissances économiques mondiales5. Les analyses, développées dans cet ouvrage, s‟attachent précisément à souligner les contradictions et les paradoxes du processus de décloisonnement en cours. Ce processus se caractérise par des avancées et des résistances, par l‟apparition de phénomènes nouveaux6, à un niveau macro-économique (celui des pays, des unions régionales, des structures multi gouvernementales intercontinentales et mondiales) comme au niveau micro-économique (celui des organisations productives de biens et de services marchands et non marchands). Ces analyses concernent, notamment, deux niveaux. - Le cadre des relations économiques internationales dans lequel opèrent les différents acteurs. Ces acteurs sont soumis aux évolutions rapides des pressions politiques et réglementaires, économiques et sociales, comme technologiques, à caractère mondial, régional ou national, qui favorisent ou ralentissent des processus d‟ouverture. - Les différentes fonctions des organisations qui y sont impliquées. Ces fonctions sont également soumises à ces pressions externes et aux transformations, à caractère souvent paradoxal, de ce cadre. L‟impact concerne la définition de leur offre, l‟approche de la demande, l‟organisation de leur processus de production, la manière dont elles structurent leur déploiement international. 1 Ouvrage collectif des membres fondateurs d‟Atlas/Association Francophone de Management International (coordonné par Eric Milliot et Nadine Tournois, Vuibert, Paris, mai 2009). 2 Acronyme créé en 2001 par Jim O‟Neill, responsable de la recherche économique chez Goldman Sachs. Pourraient y être associés une dizaine de pays appelés vraisemblablement à les suivre dans le peloton de tête des économies mondiales : Mexique, Indonésie, Turquie, Emirats Arabes Unis, Nigeria, Philippines, Corée du Sud, Iran, Arabie Saoudite, Afrique du Sud, Vietnam, Venezuela (cf. O‟Neil J., « Les BRIC, nouvelles grandes puissances dans le futur ? », Revue Internationale et stratégique, 2008/4, N° 72, p. 231-244). 3 Pour la production, cette proportion est passée de 5 % en 1992, à 14 % en 2008. Pour la consommation mondiale, cette proportion est de 25 % environ (ayant en moyenne, entre 2000 et 2007, représenté à peu de chose près celle des Etats-Unis (ibid. O‟Neill, 2008). 4 La croissance estimée du PIB, sur la période 2001-2007, était de 3,2% pour le Brésil, 6,9% pour la Russie, 6,8% en Inde et 9,6% en Chine. Sur cette même période, la croissance était de 2,6% aux Etats-Unis (ibid. O‟Neill, 2008). 5 La projection du PIB des principales économies à horizon 2050 est la suivante : Chine, 70 000 milliards de dollars ; Etats-Unis, 40 000 ; Inde, 35 000 ; UE 5, 20 000 ; Brésil, 10 000 ; Russie, 7000 ; Japon, 5000... (ibid. O‟Neill, 2008). 6 Citons, par exemple, le développement des flux d‟investissements directs entre ECR, sans passer par les économies occidentales, ou encore la pénétration croissante du crime organisé dans l‟économie mondiale. Forum18 Septembre 2009 Institut International de Management du Cnam, ESCP Europe, Atlas/Association Francophone de Management International « L’impact de la crise sur les économies à croissance rapide (ECR) » 3 C‟est cette construction hétérogène, souvent laborieuse et encore très partielle et inégale, que transforme en caisse de résonance la crise financière, puis économique et sociale, dont les effets touchent désormais la plupart des économies. L‟objet de ce forum est précisément : - de mieux comprendre la nature de cette crise, particulièrement pour les plus grandes économies en croissance rapide (les BRIC) et, accessoirement, pour leurs challengers des zones émergentes ; - d‟en évaluer l‟impact sur les flux d‟échanges et d‟investissements en direction comme en provenance des ces économies ; - et d‟essayer d‟en discerner, à travers la diversité des situations observées, pour les différentes parties prenantes (notamment les entreprises qui y sont associées), les voies d‟évolution possibles dans le futur. I- Une problématique unique ou des problématiques plurielles ? Partie des Etats-Unis, avec les subprimes, et l‟effondrement d‟un système de crédit immobilier dangereusement permissif, la crise, s‟est largement diffusée à travers les frontières. Elle a instauré, à la suite des pertes majeures –voire de l‟effondrement- d‟un certain nombre d‟institutions financières de référence7, un climat de méfiance durable. Cette méfiance s‟est instaurée entre les banques elles-mêmes, mais aussi sur les marchés affectant, par contrecoup, les entreprises et l‟ensemble des agents économiques. Partant de la sphère financière, ce phénomène s‟est en effet décliné successivement : - dans la sphère économique, en ralentissant la distribution des crédits et en affectant progressivement les anticipations optimistes des acteurs ; - dans la sphère sociale, en déterminant une augmentation continue des chiffres du chômage dans de nombreuses zones géographiques ; - dans la sphère politique, en provoquant une remise en cause, sinon des systèmes de gouvernance eux-mêmes, du moins de certains de leurs principes directeurs8. Phénomène largement circonscrit aux pays industrialisés, entre 2007 et le début de 2008, la crise s‟est ensuite diffusée hors de cette sphère pour affecter les pays émergents, plus particulièrement ceux dont l‟ouverture s‟était le plus affirmée au cours des années récentes. Cette propagation des effets résulte de l‟intensification des courants d‟échanges avec les pays industrialisés et de la multiplication des investissements en provenance de ces zones. Plusieurs grandes ECR, notamment les BRIC, retenues ici comme emblématiques de cet élargissement d‟une économie mondiale de plus en plus intégrée, ont enregistré un ralentissement important9, après la période de haute conjoncture qu‟elles avaient toutes connue de 2001 à 2007 et, pour certaines, depuis bien plus longtemps. Cette diffusion tendrait-elle à accréditer la thèse selon laquelle l‟interdépendance entre économies –matures comme en croissance rapide- constitue un phénomène incontournable aux effets indifférenciés ? Ou encore, conformément à la thèse du découplement10, les BRIC pourraient-elles être relativement épargnées par la crise ? La vérité pourrait se situer à mi-chemin. - En première analyse, en effet, le ralentissement des économies occidentales ne peut logiquement qu‟affecter les grandes ECR, dans la mesure où la progression exceptionnelle de ces dernières est déterminée, d‟une part, par l‟évolution de leurs exportations à destination des premières et, d‟autre part, par l‟afflux des investissements directs qui en proviennent. - En seconde analyse, cependant, la dynamique des économies à croissance rapide résulte aussi, en grande mesure, de la progression d‟une consommation intérieure très dynamique et des efforts de rattrapage soutenus par les pouvoirs publics locaux, souvent menés avec l‟aide de la 7 Au-delà de la faillite caractérisée de Lehmann Brother et de quelques établissements de moindre renom, très nombreuses ont été les institutions financières qui ont dû être renflouées et, parfois, nationalisées par les autorités dont elles relevaient. 8 Citons, en particulier, le libéralisme dominant qui s‟était installé dans les pays occidentaux, pour laisser place très rapidement à un retour massif de l‟interventionnisme des Etats, à travers, notamment, les plans de sauvetage du secteur financier. Cet interventionnisme s‟est traduit par la nationalisation des structures les plus affectées ou des plans de relance des économies initiés très vite et de manière plus ou moins concertée au niveau régional ou mondial, dans une tradition très keynésienne. 9 Comparés au recul sans précédent de 7,5 % du PIB réel des pays avancés, au quatrième trimestre 2008 (avec une chute presque aussi importante au premier trimestre 2009), les pays émergents ont subit une contraction de 4% au cours de la même période (Perspectives de l’économie mondiale, Avril 2009). 10 Compte tenu de leur rôle moteur souligné par O‟Neill, mais contesté par d‟autres analystes, comme Alasdair Ross de l‟Economist Intellignece Unit (cf. Nielsen T., « Beyond the BRIC wall », Director.co.uk, février 2009). Forum18 Septembre 2009 Institut International de Management du Cnam, ESCP Europe, Atlas/Association Francophone de Management International « L’impact de la crise sur les économies à croissance rapide (ECR) » 4 communauté internationale, pour la mise à niveau de leurs infrastructures. Leur croissance aurait alors un caractère plus autonome et, donc, moins susceptible de subir les effets induits du ralentissement des économies occidentales. S‟impose, en conséquence, d‟identifier ce qui différencie les zones entre elles, comme ce qui les rapproche face à ce phénomène qui les affectent toutes : - d‟une part, en fonction d‟une analyse quantitative de l‟évolution de leur part respective dans les flux d‟échanges et d‟investissements, au fil de la période faste, comme depuis la survenance de la crise ; - d‟autre part, à partir d‟une approche plus qualitative de leur trajectoire spécifique, associant, au niveau macro-économique, les nouveaux cadres politico-réglementaires mis en place par les pouvoirs publics, comme, au niveau micro-économique, le comportement des acteurs individuels (entreprises et ménages) et leurs déterminants, objectifs et subjectifs. Quoi qu‟il en soit, sur la base du ralentissement qui s‟observe, un premier constat semble s‟imposer aussi bien dans les économies matures que dans les économies émergentes : le différentiel de croissance entre les unes et les autres semble se maintenir au-delà de la crise. L‟écart des rythmes de progression annuels des PNB, qui était de l‟ordre de 5 à 7% avant la crise, est du même ordre de grandeur –ou tend même à s‟amplifier- une fois la crise déclenchée. Ceux-ci auraient, en effet, évolué : - partant de niveaux de +2 ou 3% pour les premières, et de +7 à 10% pour les secondes, de 2001 à 2007 ; - pour fléchir à –2 ou -3% et à +4 ou 6 % qui semblent ressortir, respectivement pour chacun des deux groupes, des premiers calculs effectuées depuis un an11 Est-ce à dire que les ECR souffrent moins de la crise ou la subissent différemment ? Vont-elles tirer parti de cette période difficile pour se positionner plus avantageusement et, surtout, plus vite que prévu par rapport aux économies occidentales ? Comment leurs autorités ont-elles réagi ou risquent de réagir ? Quels sont leurs secteurs d‟activité les moins exposés ? Quels sont ceux qui risquent de subir davantage les conséquences de leur ouverture nouvelle ? Quels types d‟entreprises et d‟organisations économiques se révèleront les mieux à même de traverser l‟épreuve : les grandes ou les petites, les structures familiales ou celles qui dépendent des investisseurs externes, celles qui sont autonomes dans leurs décisions ou celles qui sont assujetties aux pouvoirs publics ?... II- Une approche géographiquement différenciée de l’impact de la crise Sans présumer des conclusions de ce forum, il apparaît justifié de replacer la survenance de la crise au niveau des flux d‟échanges et d‟investissements en direction ou en provenance des grandes ECR, dans un cadre plus large. Deux approches complémentaires sont proposées. - La première, présentée par Hubert Védrine, s‟inscrit dans une optique géo-stratégique d‟ensemble. Elle vise à replacer les discussions dans le cadre historique et prospectif, politique et économique, d‟ouverture d‟espaces longtemps refermés sur eux-mêmes et longtemps tenus –pour la plupart12- à l‟écart des discussions portant sur les grandes décisions intéressant les équilibres mondiaux. - La deuxième, présentée par Gérard Mestrallet, repose sur l‟expérience du dirigeant d‟un grand groupe utilities largement déployé dans le monde entier. Ce témoignage, d‟un observateur privilégié de l‟évolution au jour le jour des effets de la crise, offre un éclairage particulier sur l‟évolution des conditions de la demande et de l‟offre dans les ECR. Sur la base d‟une meilleure appréhension de la montée en puissance politico-économique de ces ECR, d‟une part, et d‟une première perception des effets de la crise à travers l‟expérience d‟une entreprise active dans leurs espaces économiques respectifs, d‟autre part, une analyse des grandes économies retenues pourra alors prendre tout son sens - La Chine, l’usine du monde, se caractérise par des performances export exceptionnelles. C‟est le leader des pays d‟accueil des investissements directs étrangers et le premier créancier des 11 Ibidem, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2009. 12 La Russie ayant été la première à accéder au petit cercle étroit des dirigeants mondiaux avec l‟élargissement –plus politique qu‟économique, il est vrai- du G7 au G8, avant que la crise ne suscite une institutionnalisation du G20, en attendant, peut-être, un nouvel élargissement, face à la nécessaire prise en compte d‟espaces politiques et économiques désormais incontournables. Forum18 Septembre 2009 Institut International de Management du Cnam, ESCP Europe, Atlas/Association Francophone de Management International « L’impact de la crise sur les économies à croissance rapide (ECR) » 5 Etats-Unis. Ce pays est désormais pleinement partie prenante sur le plan économique, comme il l‟était, depuis plus longtemps, sur le plan politique. Engagé résolument dans un processus d‟ouverture, il fait a priori partie des zones les plus sensibles au ralentissement des économies industrialisées. - L‟Inde, parfois considéré comme le back office du monde, est fortement portée par sa dynamique interne. Cette économie a réussi la première étape de son insertion comme centre mondial de services délocalisés, en valorisant la matière grise de ses bataillons d‟ingénieurs et d‟informaticiens à travers les nouveaux réseaux de communication et de traitement de l‟information. Encore en décalage de croissance et de progression par rapport à sa grande voisine, le pays bénéficie d‟un élan à évaluer sur le long terme. - Le Brésil, souvent qualifié de ferme du monde, est lié de plus longue date au monde occidental. Il revendique une plus large ouverture des pays occidentaux à ses produits du sol et développe des ambitions qui dépassent largement le domaine de l‟agriculture. Il occupe une place clé au sein de l‟Amérique Latine et, plus particulièrement, du Mercosur. - La Russie, enfin, forte des ressources de son sous sol, est portée par l‟envolée des prix des matières premières, notamment des hydrocarbures. Elle bénéficie des avancées technologiques anciennes et remarquables, mais encore peu exploitées. Son positionnement économique international reste imprécis. C‟est dans une perspective d‟analyse de risques, mais aussi de recherche d‟opportunités spécifiques, que seront présentées par chacun des contributeurs invités, la dynamique de croissance prévalant avant la crise, l‟impact de la crise elle-même et leurs perspectives d‟évolution future. Les discussions qui en découleront, facilitées par le Directeur général de Coface, Jérôme Cazes, chercheront à mettre en évidence les éléments de convergence comme de divergence entre elles. Elles permettront également d‟évaluer les conséquences pratiques qu‟il conviendrait d‟en tirer, aussi bien du point de vue des entreprises que des Etats partenaires des grandes ECR, sur les flux d‟échanges et d‟investissements en provenance ou en direction de celles-ci. III- Une réflexion convergente cherchant à se nourrir des différents points de vue Au-delà de cette première appréhension de l‟impact de la crise, il convient aussi d‟envisager, sur un plan plus opérationnel, la manière de développer et d‟exploiter ces analyses pour les parties prenantes, directement ou indirectement impliquées, et sur les conséquences à en tirer dans le cadre de leur pratique. - Au premier rang de ces parties prenantes figurent, bien sûr, les entreprises et les organisations opérant dans les grandes ECR au titre des échanges (importations et/ou exportations) comme des investissements. Pour elles, la crise peut créer de nouvelles contraintes ou, même, procurer de nouvelles opportunités, selon la localisation et la répartition de leurs implantations, leur secteur, leur taille… - Sont également à prendre en compte les institutions support, privées ou publiques, nationales ou multinationales, qui accompagnent les acteurs économiques, à partir de leur pays ou de leur région d‟origine, en apportant des contributions et des services spécifiques (information et formation, financement et assurance…). Ces organismes doivent adapter leurs prestations et leur soutien au nouveau contexte. - Les enseignants-chercheurs en Management international, susceptibles de proposer des grilles d‟analyse concernant aussi bien l‟évolution de l‟environnement international que l‟orientation et la mise en oeuvre du développement des entreprises et des organisations, sont également concernés. Ils doivent intégrer la crise à leurs modèles pour les proposer aux entreprises et aux institutions support, à la lumière des expériences passées, comme à partir des situations présentes observées sur le terrain. Pour chacune de ces trois catégories de parties prenantes, la crise oblige, en effet, à remettre en question leur appréhension de l‟environnement géographique et sectoriel, leurs modalités de prise de décision et/ou de mise en oeuvre. Celles-ci s‟inscrivaient encore, il y a peu, dans le cadre d‟une croissance très dynamique où l‟aversion pour le risque, même dans les zones les plus instables, avait sensiblement diminué13. 13 Voir l‟évolution des ratings pays (S&P, Coface, Ducroire…), avant et après la crise (par exemple, début 2008 et début 2009). Forum18 Septembre 2009 Institut International de Management du Cnam, ESCP Europe, Atlas/Association Francophone de Management International « L’impact de la crise sur les économies à croissance rapide (ECR) » 6 Pour tous les acteurs concernés, se poser les bonnes questions sur l‟impact de la crise dans ces zones, qui tirent (et tireront ?) de plus en plus la croissance mondiale, constitue un enjeu majeur pour le présent comme pour le futur. - Pour le présent, il s‟agit, en effet, de bien mesurer la portée immédiate de la crise et de ses effets sur les flux d‟échanges et d‟investissements dirigés vers ou en provenance de ces zones, en termes de risques et d‟opportunités, en mesurant les difficultés que peuvent faire naître, aussi bien le ralentissement de l‟activité que l‟évolution de l‟attitude des autorités, soucieuses de préserver l‟emploi ou leurs ressources fiscales. - Pour le futur proche ou pour un avenir plus lointain, la définition de nouveaux modèles économiques, qui structureront les échanges et les investissements en direction ou en provenance de ces zones, est inévitable. Il faut intégrer le dynamisme des ECR, qui est déjà essentiel pour le soutien de la croissance à l‟échelle du monde, et l‟évolution des cadres institutionnels, nationaux et multinationaux, qui devront faciliter leur développement. Si, fondamentalement, ces questionnements se recoupent largement, selon le point de vue privilégié (entreprises, institutions support ou enseignants-chercheurs), les approches respectives méritent cependant d‟être distinguées pour mieux tirer parti de leur complémentarité. - Les problématiques de l‟entreprise conduisent à reconsidérer les modes de gouvernance, les modalités d‟internationalisation, les choix des pays cibles, la sélection des modes de présence, le niveau acceptable d‟exposition aux risques, comme les modalités du déploiement international à retenir. - Les problématiques des institutions support14 traduisent la diversité des missions assignées à chaque catégorie d‟entre eux : organismes de formation ou d‟information, de financement ou d‟assurance, de représentation professionnelle (syndicale ou patronale), de soutien ou de régulation (nationale ou multi gouvernementale)... Tous se doivent de mieux évaluer les nouveaux besoins des entreprises dans chaque zone de transaction ou d‟investissement et d‟y adapter leurs modalités d‟intervention et les règles à y respecter. - Les enseignants-chercheurs ont, enfin, sur la base de l‟analyse des crises précédentes, même plus circonscrites géographiquement15, à mettre en évidence les relations de cause à effet entre les transformations de l‟environnement dues à la crise et les réponses développées par les différents acteurs économiques. Ils sont également invités à mesurer les effets de cette crise, selon les secteurs et selon les entreprises, en accordant une attention particulière aux situations critiques rencontrées par celles-ci. Ce sont ces différentes questions, telles qu‟elles peuvent être précisées dans chacun des trois ateliers où elles seront débattues, qui pourront permettre, avec Pervez Ghauri, de structurer, à horizon de 2010-2011, dans le cadre d‟Atlas, un événement plus large associant étroitement les représentants d‟entreprises et d‟institutions support avec les enseignants-chercheurs, en s‟appuyant sur la réalité à laquelle les premiers se trouvent confrontés. C‟est également sur la base de ces questions que le débat de clôture, autour des représentants de l‟Union européenne, du représentant des chambres de commerce, mais aussi des représentants de ces économies à croissance rapide, s‟efforcera de mieux situer : - les responsabilités respectives des différentes catégories d‟acteurs ; - l‟articulation entre le politique et l‟économique pour rechercher des modalités efficaces concernant la sortie de crise ; - les effets d‟entraînement positifs des flux d‟échanges et d‟investissements entre les deux grands groupes de zones, à la lumière des relations entre les BRIC et l‟Union européenne. 14 Prestataires de services clés liés à ces flux d‟échanges et d‟investissements (banquiers, assureurs crédit et transport, transitaires et transporteurs…), mais aussi organismes publics ou para-publics (d‟information et de soutien promotionnel…). 15 Cf. crise asiatique et crise russe de 1997-1998, crise argentine de 2001-2002, notamment.